SANS TITRE, POUR L'INSTANT 20/12/2018 → 06/01/19

Soirée d’inauguration 20 décembre 2018. Exposition de Rudy Ayoun du 20/12/2018 au 06/01/2019.
Nous avons accueilli le travail de Rudy Ayoun pour une semaine d’exposition.
Il partage quelques-unes de ses réflexions dans un entretien avec Piotr Klemensiewicz, son ancien professeur de peinture et ami, qui a tenu le rôle de commissaire d’exposition.


PK: La plupart des motifs de ta peinture, de son installation dans l’espace, qu’il s’agisse de l’atelier ou de l’exposition, évoquent l’idée de la domestication.

RA: J’ai pas mal réfléchi au mot domestique , sans s’arrêter juste à une définition de la maison et du rapport direct avec le sujet de mon travail. Je crois que j’essaie d’apprivoiser le médium peinture et de faire de l’espace de la toile « ma maison » si je peux l’appeler ainsi . Apprivoiser le médium, c’est essayer de dompter cet animal que je côtoie. Tous les jours l’occasion de faire des tests et d’engendrer le plus de peintures possible comme pour entraver le réel par la peinture et en y imposant des nuisances pour l’oeil. Pour ne pas citer Samuel Beckett, je n’ai pas peur de rater une peinture et de recommencer à en rater, mais mieux.

Aussi cette première exposition au FRAC est une porte qui s’ouvre afin de gérer simultanément ce qu’exposer implique, s’organiser, s’approprier un espace et y présenter un travail. Pas si simple en fait, car aujourd’hui, c’est peut-être l’inverse qui se produit. C’est la peinture qui est en train de me domestiquer.

PK: Cette peinture n’est bien évidemment pas qu’un projet de domestication, elle peut paraître tout autant intimiste, éclatée.

RA: En me nourrissant d’elle un peu tous les jours, je reste à ses côtés.

PK: Il y est représenté dans ta peinture des espaces privés, déconstruits et fragmentés. Sont-ils nécessairement autobiographiques ? Tu mentionnes plus haut, cette confrontation personnelle au médium.

RA: On a souvent évoqué ensemble le caractère autobiographique . Je ne nie pas cette caractéristique de ma peinture puisque les lieux que je peins sont des lieux dans lesquels je vis, où mes amis vivent ou dans lesquels j’ai séjourné. Il est assez difficile, je crois, de supprimer ce rapport à ma personne ou en une personne. Puisque pour peindre il faut un peintre et un oeil. Cependant même si ces peintures ont un rapport direct avec moi je ne crois pas que j’essaie de faire ressentir un espace immatériel intérieur, mais plutôt un espace réel qui est habité par d’autres, ou avec l’autre. Car si la figure humaine n’est pas peinte directement, elle est omniprésente dans ma façon de peindre . Cette énigme implique : qui est-ce ? Qui est l’autre ?